Qui aurait cru qu’une pizza à l’américaine aurait pu s’installer à Milan ? Peut-être parce qu’elle à l’âme new-yorkaise et s’intègre comme un gant à la ville la plus modeuse d'Italie. Pour rentrer dans le décor : devanture épurée aux allures de pizzeria moderne bloquée entre les 1990’s et 2026, Manhattan et la botte. La recette gagnante, en plus de la pâte à pizza fine et craquante, c’est donc un lieu à la pointe de ce qui se fait aujourd'hui et des grosses “slices” de pizza plus raffinées que leurs cousines des USA. Sur le comptoir en marbre, les choix varient entre aubergines, mozzarella, persil haché, vinaigre, piment ou encore base tomate, courgettes, mayonnaise à la menthe, citron, chimichurri ou mozzarella, artichaut, guanciale croustillant et pecorino. Le pesto se dresse en zigzag, les lamelles d’aubergines se chevauchent, le basilic se dépose presque à la pince à épiler sur les bouts de mozzarella. On notera les crossovers huppés avec Jean’s New York ou la pointure du smashburger parisien Dumbo. On y va certes bien habillé, mais il va falloir y mettre un peu du sien : s'aventurer à se tacher les doigts, accepter que la sauce tomate et l’huile d’olive coulent un peu, engloutir sa pizza aussi rapidement qu’un homme d’affaire de la grosse pomme. Une pizza de goût et de style, donc.
Quand Laura Santosuosso et Denny Mollica font installer les rideaux intérieurs de leur établissement avant ouverture, à mi-hauteur des vitres, l’artisan leur dit “ cela faisait 30 ans qu’on n’en avait pas disposés comme ça”. De dedans, voir la rue, de dehors, être vu, mais sans pouvoir voir ce qu’on mange. Pour ça, il faudra rentrer et s’attabler au sein de cette architecture rétro-futuriste aux dalles de pierre polies et aux sièges de bois années 1970. Si la remarque peut laisser penser que quelque chose de l’ordre du désuet flotte ici, il faudra s’abstenir d’y croire. Sandi se trouve à l’opposé : c’est un restaurant à l’essence contemporaine. De la brillance des pâtes qui tiennent le galbe dans l’assiette, des légumes vifs, des sauces nappantes, opaques, et parfois, de la transparence dans un crudo de poisson ou crustacés, des bouillons translucides, des huiles qui perlent les assiettes. Le graal de la cuisine moderne entre racines italiennes et inspirations qui se glissent dans la valise du retour de la cheffe Laura. Au menu de ce printemps, festival de fraîcheur : crevettes de pêche durable, des « peschiole » (petites pêches vertes cueillies prématurément et mises en conserve), tomates jaunes, ou raviolini à la betterave jaune, ricotta, citron brûlé, noisettes, ou encore rouget, cerises noires grillées, jeunes épinards et lard. Ici la saisonnalité est bien sûr reine, les cycles de la terre régissent les menus malgré les frustrations, en plus de n’ouvrir uniquement que pour le déjeuner (sauf vendredi). Et pour les vins, une sélection restreinte entre France et Italie.
Les institutions ne se devinent pas seulement par la date lointaine écrite à côté du nom du restaurant. Elles se vivent par les habitués attablés seuls à une table, faisant des blagues au serveur à chaque aller-retour, aux recettes tellement pratiquées que chaque bouchée est évidente, par la décoration figée et vivant. Ici, des lustres en verre soufflés Venini des années 1930 et des nappes blanches immaculées. La Trattoria Masuelli, lieu historique de la ville, c’est donc l’essence de la trattoria italienne et bien sûr de la gastronomie milanaise et piémontaise : risotto couleur orange douce et pistil de safran, côtelette milanaise épaisse et panée à la perfection sur son os et saupoudré de fleur de sel, mondeghili (boulette milanaise de boeuf panée), carpaccio de langue de boeuf ou pasta au ragù blanc. Autres plats signatures porteurs d’un fort patrimoine culinaire : la polenta de maïs « ottofile » broyée à la meule en pierre, les tripes à la milanaise dites « foiolo » et la classique « cassoeula », mijoté dans un plat de terre cuite avec museau, oreilles et pieds de porc au chou vert. Impossible aussi de ne pas parler du vitello tonnato, des pâtes aux flageolets dont la cuillère tient debout sans couler, des rognons de veau ou de la cervelle frite. Vous dégusterez tout ça dans un décor de cinéma, dédicaces d’écrivains, portraits de célébrités et figures historiques encadrés sur les murs en bois. Et comme il est souvent question d’histoire de famille quand on parle cuisine, on retrouve Max Masuelli derrière les fourneaux, troisième du nom de la génération Masuelli.
On imagine volontiers les Italiens et gastronomes de passage butter sur tous ces “r”. Pourtant, le nom français de cette épicerie milanaise est plus que bien choisi. Gabriele Ornati, le propriétaire, est un chineur né en matière de produits et de terroir. En latin, on relie l’origine de ce mot à la terre : l’épicerie fine recense ainsi sans limites géographiques ces hommes et femmes qui la travaillent ou en subliment les richesses. Dans une pièce unique à taille humaine, on peut découvrir une variété de fruits et légumes frais, une oliothèque, une vinothèque, des produits alimentaires variés, des produits laitiers aux pâtes et au riz. Entre autres, les délicieux pâtés de thon rouge à la braise de la maison espagnole Güeyumar, le chaï australien de chez Prana, la mélasse de grenade de Terroirs du Liban, les merveilles fermentées de Casa di Tano, le fromage de chèvre de Maria Chiara Onida en Lombardie ou encore l’huile d’olive d’Ombrie de chez Gea 1916. Ce qui est sûr c’est que Terroir ne fait pas dans le conformisme. Ce n’est pas une épicerie fine dans son jus, mais davantage une expérience de courses pensée de A à Z, jusque dans les uniformes couture des employé·es. On prend son café au petit coin barista collé aux étales, peut-être même accompagné d’une pâtisserie maison, puis on s’installe sur le banc en bois épuré qui nous attend dehors. Avant de retourner s’affairer à regarder tous les produits et choisir ceux qui rentreront avec nous.
Qui aurait cru qu’une pizza à l’américaine aurait pu s’installer à Milan ? Peut-être parce qu’elle à l’âme new-yorkaise et s’intègre comme un gant à la ville la plus modeuse d'Italie. Pour rentrer dans le décor : devanture épurée aux allures de pizzeria moderne bloquée entre les 1990’s et 2026, Manhattan et la botte. La recette gagnante, en plus de la pâte à pizza fine et craquante, c’est donc un lieu à la pointe de ce qui se fait aujourd'hui et des grosses “slices” de pizza plus raffinées que leurs cousines des USA. Sur le comptoir en marbre, les choix varient entre aubergines, mozzarella, persil haché, vinaigre, piment ou encore base tomate, courgettes, mayonnaise à la menthe, citron, chimichurri ou mozzarella, artichaut, guanciale croustillant et pecorino. Le pesto se dresse en zigzag, les lamelles d’aubergines se chevauchent, le basilic se dépose presque à la pince à épiler sur les bouts de mozzarella. On notera les crossovers huppés avec Jean’s New York ou la pointure du smashburger parisien Dumbo. On y va certes bien habillé, mais il va falloir y mettre un peu du sien : s'aventurer à se tacher les doigts, accepter que la sauce tomate et l’huile d’olive coulent un peu, engloutir sa pizza aussi rapidement qu’un homme d’affaire de la grosse pomme. Une pizza de goût et de style, donc.
Quand Laura Santosuosso et Denny Mollica font installer les rideaux intérieurs de leur établissement avant ouverture, à mi-hauteur des vitres, l’artisan leur dit “ cela faisait 30 ans qu’on n’en avait pas disposés comme ça”. De dedans, voir la rue, de dehors, être vu, mais sans pouvoir voir ce qu’on mange. Pour ça, il faudra rentrer et s’attabler au sein de cette architecture rétro-futuriste aux dalles de pierre polies et aux sièges de bois années 1970. Si la remarque peut laisser penser que quelque chose de l’ordre du désuet flotte ici, il faudra s’abstenir d’y croire. Sandi se trouve à l’opposé : c’est un restaurant à l’essence contemporaine. De la brillance des pâtes qui tiennent le galbe dans l’assiette, des légumes vifs, des sauces nappantes, opaques, et parfois, de la transparence dans un crudo de poisson ou crustacés, des bouillons translucides, des huiles qui perlent les assiettes. Le graal de la cuisine moderne entre racines italiennes et inspirations qui se glissent dans la valise du retour de la cheffe Laura. Au menu de ce printemps, festival de fraîcheur : crevettes de pêche durable, des « peschiole » (petites pêches vertes cueillies prématurément et mises en conserve), tomates jaunes, ou raviolini à la betterave jaune, ricotta, citron brûlé, noisettes, ou encore rouget, cerises noires grillées, jeunes épinards et lard. Ici la saisonnalité est bien sûr reine, les cycles de la terre régissent les menus malgré les frustrations, en plus de n’ouvrir uniquement que pour le déjeuner (sauf vendredi). Et pour les vins, une sélection restreinte entre France et Italie.
Les institutions ne se devinent pas seulement par la date lointaine écrite à côté du nom du restaurant. Elles se vivent par les habitués attablés seuls à une table, faisant des blagues au serveur à chaque aller-retour, aux recettes tellement pratiquées que chaque bouchée est évidente, par la décoration figée et vivant. Ici, des lustres en verre soufflés Venini des années 1930 et des nappes blanches immaculées. La Trattoria Masuelli, lieu historique de la ville, c’est donc l’essence de la trattoria italienne et bien sûr de la gastronomie milanaise et piémontaise : risotto couleur orange douce et pistil de safran, côtelette milanaise épaisse et panée à la perfection sur son os et saupoudré de fleur de sel, mondeghili (boulette milanaise de boeuf panée), carpaccio de langue de boeuf ou pasta au ragù blanc. Autres plats signatures porteurs d’un fort patrimoine culinaire : la polenta de maïs « ottofile » broyée à la meule en pierre, les tripes à la milanaise dites « foiolo » et la classique « cassoeula », mijoté dans un plat de terre cuite avec museau, oreilles et pieds de porc au chou vert. Impossible aussi de ne pas parler du vitello tonnato, des pâtes aux flageolets dont la cuillère tient debout sans couler, des rognons de veau ou de la cervelle frite. Vous dégusterez tout ça dans un décor de cinéma, dédicaces d’écrivains, portraits de célébrités et figures historiques encadrés sur les murs en bois. Et comme il est souvent question d’histoire de famille quand on parle cuisine, on retrouve Max Masuelli derrière les fourneaux, troisième du nom de la génération Masuelli.
On imagine volontiers les Italiens et gastronomes de passage butter sur tous ces “r”. Pourtant, le nom français de cette épicerie milanaise est plus que bien choisi. Gabriele Ornati, le propriétaire, est un chineur né en matière de produits et de terroir. En latin, on relie l’origine de ce mot à la terre : l’épicerie fine recense ainsi sans limites géographiques ces hommes et femmes qui la travaillent ou en subliment les richesses. Dans une pièce unique à taille humaine, on peut découvrir une variété de fruits et légumes frais, une oliothèque, une vinothèque, des produits alimentaires variés, des produits laitiers aux pâtes et au riz. Entre autres, les délicieux pâtés de thon rouge à la braise de la maison espagnole Güeyumar, le chaï australien de chez Prana, la mélasse de grenade de Terroirs du Liban, les merveilles fermentées de Casa di Tano, le fromage de chèvre de Maria Chiara Onida en Lombardie ou encore l’huile d’olive d’Ombrie de chez Gea 1916. Ce qui est sûr c’est que Terroir ne fait pas dans le conformisme. Ce n’est pas une épicerie fine dans son jus, mais davantage une expérience de courses pensée de A à Z, jusque dans les uniformes couture des employé·es. On prend son café au petit coin barista collé aux étales, peut-être même accompagné d’une pâtisserie maison, puis on s’installe sur le banc en bois épuré qui nous attend dehors. Avant de retourner s’affairer à regarder tous les produits et choisir ceux qui rentreront avec nous.