Virginie Boivin arrive dans la pièce essoufflée. Une de ses employées l’a prévenue par talkie walkie que nous étions là. Main serrée avec poigne, sourire qui se dessine malgré le stress qu’on devine. Si les champignons sont connus pour leur croissance exponentielle, l’énergie de Virginie lorsqu’elle nous reçoit y est comparable.
« Je fais des champignons depuis 10 ans. J'ai commencé en 2018 dans un tout petit espace d'environ 50 mètres carrés. Aujourd'hui, on a multiplié la surface par 10 entre les nouveaux espaces de production, de transformation alimentaire et le laboratoire. Big Bloc, c’est un chien à trois têtes : la production de champignons frais pour les distributeurs, les restaurants et les particuliers ; la transformation alimentaire, avec des conserves, des épices et des champignons séchés ; et le laboratoire, où on produit des cultures de champignons et des blocs de substrat pour d'autres fermes qui n’ont pas forcément le matériel. On produit environ 400 à 500 blocs et 300 kg de champignons par semaine. Entre autres du Lion’s Mane, du Pioppino, du Chestnut, des pleurotes bleues…
- Comment en es-tu arrivée à te dire que ta vie tournerait autour des champignons ?
« J'ai travaillé en restauration la majorité de ma vie adulte puis en 2016, je suis partie habiter en Nouvelle-Écosse, et j’ai travaillé dans une école. Ça m'a permis de décanter, de regarder ce que je voulais pour ma vie future. Avec mon ex-compagnon Gabriel, on a commencé à nous intéresser aux champignons : on faisait de la cueillette, de l'identification et on s'est renseignés sur leur culture. On est jamais retourné dans la restauration, on a commencé une petite entreprise dans le sous-sol d'une maison, avec une seule étagère. On vendait nos champignons à un seul client. On a été piqués : une fois qu'on commence à travailler dans les champignons, c'est très dur de changer de voie. »
Sur ce, Virginie nous ouvre la porte de la pouponnière mutante. Une salle isolée arrosée de brume toutes les dix minutes, dont l’unique vitre donne sur une partie de l’atelier. On comprend vite qu’ici, c’est l’humain qui s’adapte aux champignons et non l’inverse. Sur des dizaines d’étagères, des blocs de substrat se voient escalader par des champignons aux formes et couleurs variées.
« Je vais essayer de vulgariser mais en gros, on commence avec une cellule de champignons qu’on vient mettre dans du pétri d'agar-agar sucré (ndlr: sorte de base gélifiée où les organismes peuvent se développer). Ensuite, le mycélium va coloniser le pétri et on va voir apparaître une belle mousse blanche sur le dessus. Il va nous servir pour d'autres étapes, pour finalement se développer sur le grain qui nous sert à coloniser nos blocs de substrat, l’endroit final où le champignon va pousser. Tout ça prend plusieurs dizaines de jours. Ensuite, on fait une incision dans le sac et les champignons vont sortir par là. On est un peu comme des bergers : on espère qu'ils sortent au bon endroit, on essaye de les guider. Mais des fois, ils ne nous écoutent pas. »













